Pour l'amour de l'Art nouveau

Gouvernée par un Conseil formé de vingt-et-un membres inamovibles, la ville de Xhystos se signala longtemps par son extrême conservatisme. Mais le décès de seize des Conseillers en l'espace de quelques mois et leur remplacement par un groupe d'hommes neufs (issus pour la plupart de cette secte du Sentier hantée par les liens avec notre monde) favorisa les bouleversements de toute nature.

Les lambeaux d'un livre consacré à Victor Horta et l'Art nouveau ayant suscité l'enthousiasme, décision fut prise de reconstruire l'ensemble de la Cité dans un style inspiré de son œuvre et de ses projets urbanistiques. Une famille de bâtisseurs entreprit alors de concrétiser en les radicalisant les quelques images d'Horta dont on disposait. L'édification se fit très rapidement et sans véritable architecte, puisque, disait-on, tout se trouvait dans le livre.

De crainte d'une invasion de la ville par les habitants des faubourgs, de hautes enceintes furent édifiées peu après l'achèvement des travaux. La guerre du Khâr vit ces proscrits - soutenus par une puissance étrangère qui pourrait bien avoir été Urbicande - mener plusieurs assauts contre Xhystos avant d'être définitivement repoussés.
Lorsque nous l'avons visitée, la splendeur de Xhystos n'était déjà plus qu'un souvenir. L'usure, la rouille et l'indifférence avaient fait leur œuvre, donnant à la Cité un charme assez mélancolique.